Qualité de l’air et climat

Le kaléidoscope sociopolitique du dispositf Artivistes-atelier : CARTOGRAPHIE DYNAMIQUE DES ACTEURS ET MESURES SUR LA QUALITE DE L’AIR EXTERIEUR POUR INTEGRER LE CITOYEN DANS LES PROCESSUS DECISIONNELS.

 « Les élus se sont tournés vers le dialogue avec les parties prenantes afin de contourner l’obstacle que constitue la mobilisation d’une minorité active, hostile aux projets avancés (…). Dès lors, l’exercice pratiqué ne constitue pas une volonté de modifier les pratiques démocratiques, mais représente une tentative visant à forger de nouveaux outils tactiques plus efficaces en phase de prise de décision. […] Pensaient-ils vraiment qu’en initiant un processus de concertation, chacun allait s’exprimer sereinement et que le climat s’apaiserait aussitôt entre acteurs défendant des positions radicalement opposées ? » (Buclet, Salomon, 2007, p.187)

« Accord de Paris, objectif 2°C …. Au-delà des discours, des textes, l’Atelier Climatique Citoyen offre de belles perspectives d’adhésion du plus grand nombre dans notre pays, dans nos territoires. Sensibilisation, concertation en sont des approches incontournables tout autant que l’art et culture en seront aussi de formidables vecteurs » (Jouzel, Parrain de l’Atelier Climatique Citoyen)

 

INTRODUCTION

Contexte et double déficit de mobilisation et d’accompagnement des politiques publiques

L’appel du « tout participatif » résonne actuellement comme la solution pour redonner du sens et de l’efficacité à notre système démocratique englué dans une crise profonde et emprunt de tensions multiples. De nombreux travaux ces dix dernières années prennent comme objet d’étude la participation citoyenne thématisée sous le vocable désormais bien connu de démocratie participative (Bevort, 2002 ; Blondiaux, 2008 ; Fourniau, 2007 ; Blondiaux, Foruniau, 2011). Les nouveaux modes de gouvernance à l’échelle des villes et des métropoles accompagnent le changement social et investissent les transitions à la fois environnementales, économiques, sociales et politiques et tentent d’intégrer ces « nouveaux » mode de participation. L’appel du participatif accompagne généralement l’innovation sociale qu’elle soit solidaire, technique et politique, innovation perçue comme un enjeu majeur pour toute une série d’acteurs comme ceux du monde politique, de la recherche, de l’entreprenariat. Cependant, la démocratisation des enjeux-socio-environnementaux se heurte à une cohorte de facteurs limitant. En effet, les premiers résultats de nos expériences Artivistes-atelier débutées en 2015 indiquent que dans les faits, les catégories dites populaires malgré les appels citoyens massifs restent peu mobilisées et représentent un angle mort des politiques publiques (Comby, 2015). Tout comme certains aspects culturels, il existe une forme de dépossession écologique des classes populaires (Bourdieu, 1997). Les outils de la concertation à travers les plates-formes de contributions en ligne, les Civi tech (Mabi, 2017) présentent des résultats encourageants mais ne permettent pas de combler ce déficit d’implication citoyenne ni de toucher des publics dont les habitus sont découplés des politiques environnementales[1]. Pour autant, il faut se garder des préjugés hâtifs en considérant un niveau de sensibilisation ou de préoccupation différent des acteurs engagés dans ces questions environnementales. Force est de constater qu’au-delà des effets de loupes universitaires, la démocratie participative à l’échelle des quartiers reste encore un champ exploratoire et se limite comme c’est parfois le cas à de simples effets de cosmétique communicationnelle et politique.

Le cas du climat est en ce sens emblématique et peine encore à concrètement se démocratiser. En effet, après l’Accord Paris-Climat 2015 et la vague d’enthousiasme soulevée, le chantier est à peine ouvert et il reste à le mettre en application à la fois au niveau national et à l’échelle des territoires. Les nombreuses initiatives (collectif C40[2], Cities Climate Leadership Group, European Climate Foundation ….) réfléchissent et tentent d’apporter des solutions à la mise en application de l’accord. Cependant à y regarder de plus près, i.e. au-delà des effets de loupes médiatiques, la mise en cohérence de l’accord se heurte à de nombreux obstacles. Notre dispositif Artivistes-atelier dans sa forme exploratoire a permis d’identifier deux d’entre eux qui apparaissent particulièrement problématiques et indiquent un réel déficit : la mobilisation et l’implication citoyenne et la mise en place de politiques ayant un effet concret permettant de dépasser les enjeux communicationnels.

Le dispositif artivistes-atelier en réponse :

Les différentes actions menées dans le cadre du dispositif hybride à la fois citoyen et de recherche Artivistes[3]-atelier vise à combler ce double déficit. Le dispositif est hybride dans le sens où il est co-piloté par le milieu associatif, association loi 1901 Artivistes-atelier et de la recherche universitaire, Groupe de Recherche GDR PARCS (Participatory Action Research and Citizen Sciences). Au carrefour sciences-sociétés, le dispositif vise d’une part à décloisonner les enjeux socio-environnementaux et d’autre part à accompagner l’application des politiques publiques sur les territoires.

Ce dispositif touche tout un ensemble de problématiques comme celles de la biodiversité, de qualité de l’air extérieur, à différentes échelles qu’elles soient communales ou des agglomérations[4], avec comme point nodal le climat. L’originalité du dispositif Artivistes-atelier consiste dans sa phase initiale à mobiliser le plus large public possible. Le principe est relativement simple et vise à construire des manifestations d’Art de rue, décliné sous différentes formes Street Art, Danse, Marionnettes géantes, groupe de musique, afin d’interpeller le citoyen dans son espace de vie quotidien. Il vise ainsi à accroitre la mobilisation citoyenne à un plus large public en offrant la possibilité de s’engager dans des groupes multi-acteurs afin de construire des outils d’aide et d’accompagnement des politiques publiques. L’objectif est de permettre au citoyen d’être acteur à l’échelle de son territoire sur des problématiques locales qui le concernent directement.

Sur le plan politique, il vise plus généralement à relever ce chalenge social, ce défi climatique (Jouzel, Débroise, 2014) s’avérant particulièrement complexe pour les pouvoirs publics. En effet, l’Etat français ne peut agir sans la mobilisation de ladite « société civile ». La force du projet réside dans sa capacité à mettre en place des solutions tout en intégrant le regard analytique de la recherche pour en mesurer l’efficacité. Chaque action devenant un révélateur réflexif et critique au sens photographique des freins et leviers de mise en application de l’accord de Paris. En questionnant les possibilités de montée en généralité (Boltanski, Thevenot, 1991 ; Thevenot 2006) le dispositif permet de questionner les évolutions des modes de gouvernance démocratique. Le dispositif agit comme un kaléidoscope social et politique à différents niveaux d’échelles territorial et national et en regard du « mille-feuille » institutionnel.

Dans une démarche pragmatique, il est apparu plus pertinent de faire fonctionner le dispositif à front renversé en conservant une certaine logique « top-down » en l’intégrant au sein des collectivités territoriales et locales afin d’en potentialiser les effets sur la facilitation et l’aide à la prise de décision. C’est un parti pris fort qui in fine vise à la mise en place des politiques publiques territoriales[5] tout en restant capable de rester attentif aux citoyens et de capter éventuellement les mobilisations citoyennes spontanées. A ce stade rien ne permet de présupposer la réelle capacité du dispositif à mettre en synergie de façon opérante les « sphères » politiques et citoyennes, un hiatus durable s’étant en l’état actuel installé. C’est pourquoi cet accompagnement passe par la compréhension et l’analyse du système d’organisation des institutions très sectorisé, des procédures administratives cloisonnées et d’un mode de gouvernance complexe des politiques publiques territoriales (Dubois, 2009).

Question de recherche et un premier résultat : construction participative d’une cartographie dynamique des acteurs sur la qualité de l’air

Résolument pragmatique et réflexif c’est-à-dire orienté vers l’action tout en restant critique[6], le dispositif Artivistes-atelier se focalise sur trois entrées : dynamiser/mobiliser/accompagner. Ces trois entrées sont ensuite analysées à travers la construction d’indicateur dont la pertinence est questionnée et testée lors des ateliers participatifs. Parmi l’ensemble des questions de recherche, au regard des premiers retours d’expériences nous avons retenu trois grandes questions en fonction de leur pertinence :

(1) Quels sont les apports et les limites du dispositif concernant la mobilisation et l’appropriation citoyenne dans la mise en application des politiques publiques climatiques sur un territoire ? (1 bis) Quels sont les indicateurs pertinents pour évaluer la mobilisation et l’appropriation citoyenne ?

(2) Quels sont les avantages et les limites du dispositif dans l’application et l’accompagnement des politiques climatiques ? (2 bis) Quels sont les indicateurs pertinents pour évaluer l’efficacité des actions conduites ? (2 ter) Comment la dynamique des groupes multi-acteurs agit-elle en retour sur les autres acteurs par boucles de rétroactions ?

(3) Quels sont les freins et les leviers de mise en application de l’accord de Paris en regard du mille-feuille institutionnel ? (3 bis) Quels sont les actions permettant de dépasser les leviers identifiés ?

Or le système d’action visant à mettre en application l’accord de Paris se heurte à la difficulté de définir de façon collective et concertée les ou des indicateurs pertinents d’efficacité (Monnier, Duran, 1992) concernant les politiques publiques à mener. En effet, ces indicateurs doivent prendre en compte les perspectives dynamiques et transformatives d’autres systèmes d’actions dont les effets mobilisent différentes échelles de temps et d’espaces, mais aussi être socialement acceptés afin de pérenniser les actions.

Concrètement, pour illustrer notre propos et mettre en lumière le fort potentiel heuristique à la fois d’action et de recherche du dispositif Artivistes-atelier, l’article se focalise sur un résultat d’un de nos ateliers participatifs : la construction d’une cartographie dynamique des actants (acteurs et institutions) visant à identifier de façon pondérée leur degré d’engagement et leur capacité d’action dans les processus décisionnels sur l’enjeu de la qualité de l’air à l’échelle du territoire de la Métropole Montpelliéraine. Pour cela, l’article détaille la construction des outils spécifiques développés dans le cadre de ce dispositif, à savoir un atelier participatif sur la qualité de l’air et les enjeux climatiques créé à l’occasion des Premières Assises Sciences-Sociétés à Montpellier en Juillet 2017. Il présente les détails méthodologiques qui ont permis la construction des résultats de l’atelier participatif concernant l’aide à la mise en place de politiques publiques en faveur de la qualité de l’air sur le territoire de la Métropole Montpelliéraine. L’entrée s’est effectuée par familles de mesures potentielles à appliquer sur le territoire, ainsi, par étapes successives, l’atelier a permis d’objectiver les catégories d’acteurs en fonction de leur pondération sur les différentes mesures et actions identifiées par les participants. Le 7ème colloque de l’OPDE est l’occasion de discuter de ce résultat et plus généralement des attendus de notre dispositif et des ateliers créés. Il permet ainsi de développer un regard critique permettant de tracer des perspectives d’actions, de recherche voire de collaborations.

Plan de l’article

En conclusion, l’article permet de mettre en perspective les contraintes inhérentes à la structuration de ce qu’il est convenu d’appeler « le mille-feuille institutionnel » et d’identifier certains freins et leviers. Il permet de soulever un profond paradoxe entre les politiques publiques visant à afficher une volonté d’atteindre des objectifs ambitieux ou quasi irréalistes (suivant le niveau de subjectivation des acteurs) de l’accord Paris Climat 2015 (+1,5°C) et la réelle capacité d’action se heurtant à l’absence d’analyse des réformes structurelles à conduire pour délier le mille feuille institutionnel et d’une réflexion de fond sur les changements sociaux qu’elles impliquent. A l’heure actuelle, il apparait un véritable hiatus entre les politiques publiques et les citoyens. Le changement de paradigme définissant un « nouveau » contrat social climatique reste pleinement à mettre en place et ne peut s’opérer sans un engagement citoyen massif dont le rôle reste encore trop limité à un exercice de cosmétique institutionnel.

1. CADRE THEORIQUE DU DISPOSITIF

Cette section est fondée sur la nécessité d’invoquer les théories qui vont permettre de mieux expliciter la construction de notre dispositif.

De façon générale, le dispositif est ancré dans la Recherche Action (Chevalier et al, 2007) et s’appuie sur un ensemble de champs théoriques que nous mobilisons au besoin de notre investigation et en fonction des logiques de notre terrain.

Attentes citoyennes et représentations sociales

Afin d’interroger les attentes citoyennes et plus largement les croyances et les théories socialement partagées sur les problématiques socio environnementales, sont mobilisés les travaux de Serge Moscovici (1961), de Denise Jodelet (1989) et ceux de Patrick Perretti-Watel et Béatrice Hammer (2006) plus particulièrement sur les représentations profanes de l’effet de serre.

Régulation politiques publiques

Le dispositif général s’inscrit dans le cadre de l’évolution des rapports sciences-sociétés et des difficultés de régulation des décisions publiques en situation d’incertitude (Callon et al, 2009). Les ateliers que nous créons tel que celui que l’article présente sont en ce sens considérés comme des espace ouverts ou forums hybrides suivant la dénomination dans lesquels des groupes d’acteurs par la mobilisation pour débattre des choix techniques qui engagent. Les modalités de régulation des politiques publiques sont considérées à partir de la notion globale de gouvernance climatique c’est-à-dire de gouverner en l’absence de gouvernement. La transformation des modes de gouvernement est considérée en tant que principe normatif d’action pour désigner des principes et des méthodes standards pour une « bonne gouvernance » des problèmes publics et comme rhétorique du débat politique et l’action publique (Le Galès, 1995) ou le développement territorial et environnemental (Theys, 2002). Bien que de nombreux travaux aient pointé les limites d’une approche globalisante thématisé sous le concept de modernité réflexive (Beck, 2001 [1986]), l’approche du débat vis-à-vis des formes émergentes de démocraties participatives (Blondiaux, 2008 ; Fourniau, 2007 ; 2011 ; Blondiaux et Fourniau, 2011) s’inscrit dans les grandes lignes des schémas Habermassien (1987 ; 1997). Les changements sociaux inhérents mettent en jeu de nombreuses catégories d’acteurs et inévitablement de différents niveaux de conflictualités. Les études ont mis en évidence la capacité de ces groupes d’acteurs à se construire des compétences suffisantes pour influencer le débat public, mais aussi accroître une demande légitime d’informations sur des sujets soumis à de fortes incertitudes. Par ailleurs, les demandes des publics concernant ces questions sont bien plus complexes et respectables que ce que présentent les arènes médiatiques (Chevigné, 2003).

Praxis réflexive

Le modus operandi s’adapte de façon pragmatique et réflexive en permanence aux logiques du terrain (Cefaï, 2007 ; Chateauraynaud, 2015). La réflexivité est appréhendée sur l’ensemble des niveaux d’analyse, individuels, collectifs et institutionnels. Elle est considérée en regard des travaux de Pierre Bourdieu (2001) et plus récemment de ceux de Joëlle Le Marec (2010). La réflexivité qui est au cœur de ce projet de recherche doit être appréhendée au regard des tensions entre deux niveaux en interaction : individuel par la mobilisation de la propre normativité des acteurs et des institutions. Ce projet de recherche et de développement s’inscrit dans différents champs de la recherche ayant abordé thèmes comme celui de l’air, du climat, plus généralement celui de l’environnement en intégrant notamment le champ émergeant de la sociologie de l’énergie (Zelem et Belay, 2014).

Dimension participative

La multiplication des dispositifs de concertation et de participation s’est imposée, répondant à des attentes, potentiellement paradoxales, de plus de démocratie et d’une meilleure efficacité en termes de gestion environnementale et sociale (Mermet, 2005 ; Salles, 2006).

Notre projet s’équipe de procédures et de dispositifs collaboratifs que nous présentons comme nécessaires pour fluidifier les échanges et corriger les asymétries entre acteurs, pour garantir une participation équilibrée de tous les acteurs, pour assurer une transparence de l’information, pour évaluer les résultats de l’action collective et pour exiger des acteurs qu’ils rendent des comptes sur les résultats de l’action collective (Pécaud, 2005). La dimension participative que nous déployons avec l’appui sur la Recherche Action Participative (RAP) et ce avec une proximité affichée avec le GDR CNRS PARCS et M. Jacques Chevalier (2009) représente une des composantes intrinsèques de la gouvernance environnementale (Barbier et Larrue, 2011). Plus particulièrement, concernant le climat, l’énergie ou l’environnement, les projets en Recherche Action Participative restent limités et posent de nombreux problèmes quant à la construction et l’analyse de données, la construction de savoirs à partir de ces données empiriques, les limites de l’engagement citoyen et la capacité des acteurs à s’insérer dans de réels programmes de sciences participatives (Gonzalez-Laporte, 2014) tout en respectant les positions axiologiques de chacun (Boeuf et al. 2012).

Acteurs clés

L’atelier participatif dont l’article présente les résultats a permis une identification des parties prenantes ayant un pouvoir d’action sur les politiques publiques locales sur la qualité de l’air. Cette identification aide à choisir la méthode pour identifier les principaux intervenants ou institutions concernées par les enjeux de qualité de l’air sur le territoire montpelliérain. L’identification se fait par pondération et analyse du degré d’influence et d’impact sur une situation clé ou un enjeu identifié par un large groupe d’acteurs (Mayers, 2005).

Qualité de l’air

Concernant la qualité de l’air extérieur, le projet s’appuie sur le plan socio-historique des pollutions atmosphériques et des différentes pollutions et nuisances (Charvolin et al., 2015). La question de l’air y occupe une place très particulière en raison des liens étroits entre l’industrie et nos modes de vie. Il existe un déficit de connaissance persistant concernant les analyses de l’impact sanitaire en raison de la législation réglementant une politique de seuil et de normes économiquement acceptable au détriment des besoins sanitaires. C’est ce que l’on retrouve à travers l’émergence du principe ALARA («As Low As Reasonably Achievable» «Aussi bas que raisonnablement possible») dans la directive IPPC (Integrated Pollution Prevention and Control) de 1996.

2. METHODOLOGIE

 Aspects généraux du dispositif Artivistes-atelier :

Le dispositif général dans lequel s’inscrit l’atelier (détaillé plus loin) est dans sa phase initiale de développement et prend racine dans cette double expérience de terrain. Il vise à répondre, au risque de la répétition, d’une part au déficit de mobilisation citoyenne et d’autre part à la mise en place de politiques publiques efficaces. La simplicité du dispositif en fait sa force et son efficacité et permet de réellement (re)donner la parole aux citoyens. Il s’agit d’interpeller le citoyen dans la rue, dans son lieu de vie par l’organisation de manifestations culturelles et notamment le street art et un travail éducatif dans et « hors les murs » transversal.

Nous détaillerons les différentes phases qui se déroulent en 3 étapes :

(1) Phase préparatoire : [Objectifs : (a) générer une dynamique citoyenne et (b) établir un pré-diagnostique des besoins locaux].

(2) L’évènement : [Objectifs : (c) cartographier les attentes citoyennes, (d) générer un groupe de pilotage multi-acteurs et (e) formaliser l’ébauche d’une feuille de route d’actions].

(3) Phase d’opérationnalisation : [Objectifs : (f) Conduite du groupe de pilotage qui (g) analyse la faisabilité et l’efficacité sociale et environnementale des actions proposées, (h) construit des indicateurs d’efficacité et un guide des actions à entreprendre ou des politiques publiques à mener].

Contexte et méthodologie de l’atelier participatif sur la qualité de l’air

L’UMR Art-Dev et l’association Artivistes-atelier développe un projet ADEME en Recherche et Développement « AACT-AIR » qui vise l’aide à la mise en œuvre d’actions en faveur de la qualité de l’air. Pour cela le projet permet et favorise la mise en place de politiques publiques sur l’air auprès des collectivités. Dans un esprit participatif et une démarche pragmatique, dans le cadre des Assises Sciences sociétés, un atelier participatif a été conçu pour débuter le projet et « défricher » le terrain. Notons, qu’à ce stade de développement du projet, il est difficile de se prononcer sur l’efficacité de nos indicateurs de mobilisation citoyenne. En effet, le contexte propre aux Assises Sciences-Sociétés n’a pas permis d’objectiver une réelle représentativité de la capacité de mobilisation que nos instruments ambitionnent de déployer. Les Assises Sciences-Sociétés ont mobilisé avec succès le monde universitaire de la recherche et de l’enseignement supérieur et leurs partenaires (associatifs notamment) mais n’ont que très partiellement atteint le décloisonnement affiché. Il est important donc de souligner que dans ce contexte, le public mobilisé reste circonscrit à un entre-soi.

Malgré un effort de construire un «Hors les murs» attractif et convivial avec Artivistes-atelier[7] et un appel aux relais médias important avec impact quantitatif fort (La Marseillaise, La Gazette Montpellier, les journaux quotidiens locaux, la Gazette en ligne, Radio Aviva, Radio Campus, France 2 Hérault, France Bleu Hérault), les limites inhérentes aux calendriers, les limites inhérentes aux moyens déployés pour décloisonner les espaces n’ont pas permis une mobilisation citoyenne importante.

 

De manière générale, les designs des ateliers participatifs reposent le guide de la recherche action, la planification et l’évaluation participatives (Chevalier et al. 2013)[8] et vise à construire : (1) Construction de la cartographie des acteurs, (2) Cartographie des représentations et attentes, (3) Cartographie des actions, (4) Constitution du groupe multi-acteurs, (5) Construction des indicateurs, (6) pilotage des actions et construction d’outils d’aide à la décision.

 

Nous avons fait ici le choix d’entrer dans les données par les familles d’actions ou de mesures à développer. Eventuellement, il aurait été judicieux d’entrer par une donnée plus pertinente. En effet, ce design pourrait permettre de faire ressortir des grands schémas inductifs qui viseraient à reprendre les grandes orientations (SRCAE, Directives européennes, SAGE, SCOT, PLUi…) extra territoriales en fonction de l’échelle d’étude choisie (Nationale, Européenne, Régionale, Départementale, Métropolitaine, …) sur un enjeu socio-environnemental identifié.

 

Au-delà de ces orientations, il s’agit de créer, innover et développer des actions avec une identification fine et exhaustive d’acteurs clés, dans le but d’accompagner et de rendre efficace la mise en place d’une politique publique spécifique. Cet aspect pragmatique oriente la méthodologie choisie pour la création de nos ateliers et celui spécifiquement détaillé ci-après.

 

La section qui suit présente la description des participants ainsi que la méthodologie utilisée pour la collecte et l’analyse des données.

La collecte et l’analyse des données

Plusieurs instruments ont été utilisés pour la collecte des données. Certains visaient à analyser les représentations des représentations des personnes mobilisées sur la qualité de l’air, tandis que d’autres servaient à mobiliser leur représentation quant aux mesures et actions potentielles à mettre en place sur le territoire pour agir en faveur de la qualité de l’air. Les résultats présentés ici sont issus de trois instruments de collecte de données (chaises musicales, familles d’actions, cartographie des acteurs) et portent spécifiquement sur les perceptions de la relation d’influence des acteurs impliqués ou à impliquer sur la prise de décision politique sur l’enjeu de la qualité de l’air.

Cette amélioration dépend pour beaucoup des choix énergétiques et technologiques mais aussi de certains de nos comportements qui participent à l’augmentation de la quantité de polluants émis dans l’air ou qui favorisent notre exposition à la pollution. La clé pour une meilleur qualité de l’air : agir tous ensemble au quotidien, pas seulement en cas de pic de pollution.

Design de l’atelier participatif sur la qualité de l’air

Phase de démarrage

En début d’atelier, l’animateur et son co-animateur inscrivent sur un tableau blanc ou paper bord dans le cas présent les grands axes de questionnements pour démarrer le travail participatif de construction d’indicateurs d’efficacité pour une politique publiques en faveur de la qualité de l’air :

  1. Quelles sont les questions que vous vous posez ?
  2. Quels sont les problèmes auxquels vous êtes confrontés ?
  3. Quelles sont selon vous les mesures à prendre ?
  4. Comment faudrait-il faire pour suivre efficacement ces mesures ?

Ces questions seront toutes abordées indirectement au cours de l’atelier au fil des étapes : brise-glace, échanges informels, familles de mesures, débrief de fin d’atelier.

Répondre formellement à ces questions n’a de sens que si le travail d’ateliers participatifs est reproduit X fois.

Déroulé de l’atelier

L’atelier a été filmé, pris en photo et transcrit. Il a fait l’objet d’une analyse de contenu a posteriori.

L’atelier durait une heure quarante-cinq et était découpé en quatre phases afin de tester trois instruments de Recherche Action et d’analyse sociale (Chevalier et al, 2011).

Premièrement, les participants ont été invités à se positionner assis, en cercle dans la configuration des chaises musicales. Un participant reste debout sans chaise. Une question était posée afin d’orienter leurs propos vers des aspects spécifiques : « Pour moi la qualité de l’air c’est important car : ». Ainsi nous récoltons les représentations de chacun et permettons la construction du discours autour d’affirmation sur la qualité de l’air, positionnement dans l’espace des représentations de chacun (Boy, 2015)

Deuxièmement, les participants ont écrit sur des panneaux de cartons blancs des mots clés et verbes d’action autour de la question suivante : A l’échelle de la Métropole montpelliéraine, quelle action, quelle mesure vous semble pertinente à renforcer ou à créer pour agir en faveur de la qualité de l’air et de ses enjeux inhérents ?

Finalement, la technique des « acteurs clés » a été combinée avec un instrument d’analyse des parties prenantes et acteurs. L’objectif de cette technique est d’identifier les parties prenantes impliquées dans une situation, un projet, une action, une mesure, etc. c’est-à-dire les acteurs les plus importants, ceux qui ont un intérêt dans la situation en cours d’évaluation (Mayers, 2005) et d’avoir une cartographie des jeux d’acteurs, analyser les mesures de chacun et apporter des compléments au besoin.

Le processus de cueillette des données par cette méthode choisie comporte plusieurs étapes à réaliser avec les participants. Il est d’abord essentiel de définir le plus précisément possible l’enjeu. Dans le cas de notre étude, il s’agissait de la cartographie des acteurs et de l’analyse du pouvoir décisionnel et des retombées, des données essentielles à mettre en analyse pour les futurs groupes multi acteurs qui se constitueront en accompagnement des politiques publiques sur la qualité de l’air. Les deux variables à l’étude étaient donc le degré d’influence sur l’action choisie et le degré d’impact, de pouvoir dans le processus décisionnel pour la mise en place et la prise en compte de la mesure, de l’action voire du projet dans les politiques publiques territoriales en faveur de la qualité de l’air.

Par la suite, chaque mesure, chaque action ou chaque projet (que nous avons regroupé par famille de couleur) établit le plus exhaustivement possible une liste des acteurs principaux, groupes ou individus ayant une influence ou étant impactés potentiellement par leur mesure ou action. Tous les participants ont commenté les degrés d’influence et d’impact sur les acteurs locaux et décisionnaires politiques en exercice.

Enfin, chaque acteur est évalué selon son degré d’impact, c’est-à-dire s’il est touché plus ou moins par la situation. De la même façon, le degré de pouvoir décisionnel, d’influence des parties prenantes est analysé. Un demi-cercle est ensuite tracé sur une grande plaque visible par tous les participants, il est ensuite découpé en trois cercles concentriques afin de créer un arc en ciel, un diagramme. Ces cercles concentriques représentent le pouvoir des acteurs identifiés au sein de chaque mesure ou action développée par les participants en groupe. Le plus petit cercle est celui où sont déposés les acteurs ayant le plus d’influence ou pouvoir d’agir (dans le demi-cercle gauche) et étant les plus touchés (dans le demi-cercle droit) et, inversement, le plus grand contiendra les acteurs qui ont le moins de pouvoir et étant le moins touché par l’action ou la mesure développée. La figure 1 illustre, sur une forme d’arc en ciel, le pouvoir décisionnel des acteurs et le degré d’impact de la mesure sur eux.

Finalement, le diagramme est de nouveau divisé en trois sections par de lignes droites comme indiqué sur la figure XY. Ces divisions correspondent à la situation des acteurs dans la mesure développée : du degré d’impact de la mesure sur eux à droite jusqu’à leur degré d’influence et de pouvoir d’agir à gauche. Les acteurs sont ainsi déposés à l’endroit qui leur correspond dans le demi-cercle. Le placement des acteurs devait faire consensus au sein de chaque famille d’action ou de mesure.

De façon complémentaire, la méthodologie envisage d’« externaliser » l’analyse par des méthodes classiques d’enquêtes. Il s’agit d’effectuer auprès des acteurs des entretiens ouverts afin de questionner leur représentation et leur attente vis-à-vis de problématiques comme par exemple cette alliant qualité de l’air, santé et climat

3. RESULTATS

Résultats du workshop, de l’atelier participatif

 Les participants

Les données présentées ici sont celle recueillies auprès des participants de l’atelier sur la qualité de l’air du 3 juillet 2017. Bien que nous ayons initialement prévu de recruter une trentaine de personnes, seuls quatorze participants ont répond à l’appel. La principale source de manque de présence à l’atelier est le manque de décloisonnement évoqué plus tôt sur l’événement lui-même des Assises, mais aussi un manque de communication en amont sur l’atelier lui-même.

Les quatorze participants qui ont participé à l’atelier étaient inscrits aux Assises sciences sociétés et pour certains, membres du réseau Artivistes-atelier. Nous avons réuni des chercheurs universitaires en sciences humaines et sociales mais aussi en sciences dites dures, des professionnels de l’environnement, des membres de la société civile engagés, des associatifs[9].

Nous avons constaté une réelle créativité et une forte motivation des participants ainsi qu’une totale appropriation des enjeux de l’atelier et du projet ADEME/ CNRS ART DEV/ ARTIVISTES[10]

Résultats « Chaises musicales »

Ce sont les représentations de ces participants qui ont été recueillies par le biais de notre atelier participatif, notamment par le biais de l’instrument « chaises musicales » détaillées dans le tableau 2.

Pour moi la qualité de l’air c’est important car …. Nbre debout/14
Ça participe à la longévité de la vie (rapport au taux de mortalité) 13,5/14
On a une meilleure espérance de vie et on reste en bonne santé 13/14
Pour bien respirer 14/14
Pour la pratique sportive en ville 12/14
Il faut spatialiser car tout le monde n’est pas exposé de la même façon 12/14
C’est un bien universel 14/14
Elle renforce et cristallise les inégalités sociales 14/14
Elle est aussi importante que la qualité de l’air mais l’eau il n’y en pas partout. Si l’air est pollué tout le monde l’est dans un référentiel donné. 10/14
Ça développe beaucoup de moyens de recherche pour la voiture électrique 10/14
Je ne veux pas payer de ma propre santé une pollution que je n’ai pas créé 12/14
Je voudrai pouvoir circuler à vélo quotidiennement dans le futur sans masque 13/14
Ça questionne les réaménagements des quartiers et des villes entières 12/14

1 Résultats chaises musicales atelier qualité de l’air

 

Résultats Famille de mesures et actions en faveur de la qualité de l’air

Les participants se sont donc réunis par famille d’intérêts après avoir listé les mots clés et actions clés sur leur support.

Se sont constituées après échanges et rencontres trois familles, qui dans un premier temps n’avaient qu’une couleur pour s’identifier.

De manière éparse nous avons pu lire sur les panneaux des actions et mots clés de :

  • Pédagogie et sensibilisation
  • Transition et modification des modes de vie
  • Aide à la mobilité verte et aux transports collectifs
  • -…..

2 Résultats familles actions et mesures atelier qualité de l’air

 

Résultats de l’identification des actants (acteurs et institutions) par famille

Alors, les participants se sont réunis par famille et ont attribuer un nom à leur famille, leur mesure et action développée en faveur de la qualité de l’air dans le cadre de l’aide à la mise en place des politiques publiques territoriales.

Sont ressortis trois familles, ou trois groupes de mesures :

  • Monsieur et Madame Velogratos à l’ombre ont deux enfants : Communiquer et Eduquer,
  • Transition énergétique et aménagement de l’espace,
  • Donner un réel pouvoir décisionnel aux comités de quartier.

 

Chaque groupe de participant ont alors tracé les grandes lignes de leur mesure. Ils sont alors invités à identifier et faire consensus de manière exhaustive sur les acteurs et parties prenantes intervenant dans leur projet politique (cf. Tableau 3).

 

Groupe 1 : M. et Mme Velogratos à l’ombre ont deux enfants : Communiquer et Eduquer

->forces de l’ordre, médecins, usagers, services communication de la 3M, TAM, ARS, DREAL, rectorat, universités, services communication des universités, services espaces verts 3M, SMOOVE

 

Groupe 2 : Transition énergétique et aménagement de l’espace

-> 3M, société civile organisée, grand public, budget participatif, éducation nationale, les établissements scolaires, le conseil régional, l’Europe

 

Groupe 3 : Donner un réel pouvoir décisionnel aux comités de quartier

->3M, calendrier électoral, P.Saurel, citoyens, habitants des quartiers, tissu associatif local, proposition de loi, le Maire, les élus de la Métropole, les comités de quartiers

3 Résultats des acteurs clés par famille de mesure atelier qualité de l’airs

 

Résultats du diagramme arc-en-ciel

Les familles sont alors invitées à venir étiqueter leurs acteurs en respectant leur code couleur (vert, mauve, rose) sur l’arc en ciel. Le choix du positionnement devait avoir fait consensus au sein de la famille avant d’être accroché sur le diagramme. Ainsi, les raisons pour lesquelles un acteur était déposé dans une section ont été débattues par le groupe afin d’en arriver à une décision consensuelle. L’analyse et l’interprétation des données ont été faites avec les participants et pour cette raison, la méthode d’analyse des données n’est pas présentée en méthodologie.

 

Les premiers résultats laissent apparaître que les institutions politiques sont au cœur des acteurs ainsi que les usagers.

En effet, la mesure verte « Monsieur et Madame Velogratos à l’ombre ont deux enfants : communiquer et éduquer » développe donc des actions de mobilité douce dans les zones urbaines et péri-urbaines en mettant l’accent sur la communication et l’éducation comme leviers de mise en place. Les services techniques (espaces verts notamment) et les usagers du territoire montpellierain influencent la mesure et sont impactés par les changements qu’elle apporterait dans leur quotidien et leur rythme de travail. Sur le plan de la communication et de l’éducation, le rectorat et l’Université sont moyennement influents et touchés par la mesure pour les mêmes raisons que les acteurs précédents. Les forces de l’ordre ont été identifiés comme acteurs clés de la mesure, ils sont selon les participants de l’atelier les moins touchés par la mesure mais ont une influence même si minime. La TAM (société de Transports de l’Agglomération de Montpellier) est un des acteurs clés qui a une forte influence sur la mesure et son développement, tout autant que le service communication de l’institution politique locale. La Dreal quant à elle a une moindre influence sur la mise en œuvre de la mesure proposée par les participants.

La mesure mauve quant à elle, qui vise à donner un réel pouvoir décisionnel aux comités de quartier sur les enjeux de qualité de l’air extérieur semble très influencée dans sa mise en œuvre par la municipalité. Les comités de quartiers existants sont impactés et influents dans la mise en œuvre des actions. Notons que leur influence est plus importante qu’ils ne sont impactés par la mesure. Le tissu associatif est modérément impacté et influent sur la mesure. Les participants ont identifié des facteurs qu’ils estiment clés dans la mise en application de la mesure créée, à savoir, des propositions de lois et les élections politiques locales. Ces agendas ont un degré moyen d’impact et d’influence sur la mesure. Enfin, les citoyens sont modérément touchés par la mesure contrairement au Président Maire de Montpellier Méditerranée Métropole qui est très touché par cette mesure.

Pour finir la dernière mesure identifiée et créée par les participants est la mesure rose portant sur la transition énergétique et aménagement de l’espace. Cette mesure a permis d’identifier un certain nombre d’acteurs clés qui ont été répartis en fonction de leur degré d’influence et d’impact dans sa mise en application sur le territoire montpelliérain. Ainsi, l’acteur clé le plus touché est le grand public, à l’instar de l’Education nationale qui est la moins touchée. Le facteur relatif aux budgets participatifs des institutions publiques et un facteur clé qui a un degré d’influence moyen sur la mesure. Le plus influent dans la mise en œuvre est l’institution publique locale, à savoir la Métropole. Le moins influent est l’Education nationale qui est suivie de près par la société civile organisée et le Conseil Régional. Enfin, le grand public, identifié comme acteur clé un degré d’influence modéré dans la mise en application de cette mesure.

L’analyse fine de ces choix demande un travail d’échanges et de retranscription collaboratif. Ce travail est en cours avec l’ensemble des participants pour obtenir une analyse fine de la pondération des acteurs clés par mesure, sur le diagramme.

 

2 Résultats Arc en ciel atelier qualité de l’air

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 CONCLUSION

L’atelier participatif réalisé dans le cadre de l’aide à la mise en place des politiques publiques en faveur de la qualité de l’air sur le territoire montpelliérain s’est orienté sur la réflexion et la création de mesures concrètes à mettre en œuvre sur le territoire. Cet atelier a été conçu dans le cadre d’un programme Recherche et Développement pilote conduit par l’UMR Art-Dev du CNRS, l’association Artivistes-atelier, avec l’Agence du Développement, de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME). L’atelier visait à la création concertée et participative d’une cartographie dynamique d’actants clés (acteurs et institutions) ayant un pouvoir ou étant impactés par les mesures développées au sein de l’atelier.

Ces premiers résultats permettent d’apporter une première pierre au programme de recherche et permet de mettre en lumière les représentations sociales concernant la qualité de l’air. En outre il est possible ainsi de faire émerger des pistes d’actions grâce à la cartographie des actants en lien direct ou indirect avec la mise en œuvre de l’action.

Quelles sont les limites de ces premiers résultats ?

Il importe de noter que les résultats de cet atelier ne peuvent être généralisés puisque la représentativité du panel pose des questions dans le contexte d’une manifestation scientifique qui s’est déroulée dans l’enceinte confinée d’une Université. Les participants étaient préinscrits aux Assises Sciences Sociétés ou issus du réseau Artivistes-atelier et de celui du GDR PARCS, participants motivés qui plus est d’ores et déjà sensibilisés aux enjeux ciblés. Précisons que les résultats sont partiels et nécessitent un travail d’approfondissement et de répétition afin de pouvoir tracer quelques perspectives robustes et construire des outils opérant d’aide et d’accompagnement des politiques publiques à l’échelle des territoires exposés. Malgré toutes les précautions nécessaires quant aux limites de ces résultats issus de cet atelier participatif, ils permettent d’établir une première cartographie dynamique des actants et des familles d’actions sur les enjeux liés à la qualité de l’air sur le territoire montpelliérain.

Ce premier diagnostic partagé permet de tracer l’esquisse d’une analyse stratégique des conditions et jeux d’acteurs présents dans la mise en œuvre des politiques publiques. Il en ressort la nécessité d’accompagner une évolution des habitus tant au niveau des services techniques des collectivités locales et territoriales qu’au niveau des élus de l’institution publique. Si les leviers d’action sont facilement identifiables, leur mise en application sur le territoire par et avec les acteurs clés de l’institution (élus, services techniques, services de l’Etat compétents) nécessite un approfondissement d’expertise supplémentaire. De plus, les freins institutionnels et d’initiatives citoyennes autour de l’appropriation et la mise en débat des politiques publiques sur le climat restent insuffisamment explicités.

Les acteurs de l’expertise et de l’accompagnement des politiques publiques se heurtent à la difficulté d’appliquer localement les plans, directives ou grands orientations extra territoriales (comme par exemple l’Accord Paris climat). Il apparait que l’articulation de notre société demeure encore structurée autour de logiques trop « top down ». Cependant ce frein n’est pas forcément celui qu’il faille lever prioritairement car s’ajoute à cette logique une organisation stratifiée qui alourdit les démarches et initiatives de projets (citoyens et/ou politiques) que nous appelons le millefeuille institutionnel. Autrement-dit, aux échelles locales, les modalités de régulation des politiques publiques dichotomisées dans une multitude de services (parfois emprunts de tensions internes) limitent considérablement la lisibilité et la mise en cohérence d’actions massives. Ces contraintes inhérentes au millefeuille influant grandement la gouvernance aux échelles locales des institutions impactent tout autant les projets de territoire. Notre expérience met au jour le fait qu’il existe de façon identique les mêmes contraintes sur d’autres thématiques socio-environnementales et au premier rang desquelles celles portant sur la reconquête de Biodiversité.

Cette première cartographie dynamique représente un outil permettant de tracer la feuille de route du projet de territoire en faveur de la qualité de l’air. Elle conforte à l’heure actuelle la pertinence des hypothèses avancées : (1) impact du millefeuille institutionnel sur le processus décisionnel , (2) effets des champs locaux et agendas politiques sur la mise en place des politiques publiques, (3) frilosité des mobilisations citoyennes ou collectifs citoyens qui sont perçus comme des « épines dans le pied » (Exemple : déploiement de la ligne 5 du tramway sur le territoire montpelliérain), (4) difficulté du dialogue entre services et élus des collectivités portant les projets politiques de territoire. Ces premiers résultats permettent de valider le caractère exploratoire du dispositif de recherche et du design appliqué tout en se focalisant sur les premières limites apparues. Le projet peut ainsi passer dans sa phase d’opérationnalisation et de déploiement à l’échelle du territoire ciblé en agissant avec et au sein de la collectivité en prenant en élément comparatif d’autres territoires et institutions portant et développant des projets politiques en faveur de la qualité de l’air (Agglomération du Pays de l’Or, ville de Frontignan).

 


 

BIBLIOGRAPHIE

Barbier, R., Larrue.C., 2011. Démocratie environnementale et territoires : un bilan d’étape. Participations. De Boeck Supérieur. Vol 1, n°1.

Beck, U. 2001 [1986]. La société du risque. Sur la voie de la modernité, trad. de l’allemand par L. Bernardi. Paris. Aubier, 521p.

Bevort, A. 2002. Pour une démocratie participative. Paris : Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P).

Blan, M, 2007. « La ‘politique de la ville’, une ‘exception française’? », Espaces et Sociétés, n°128-129, pp. 71-86.

Blondiaux, L. 2008. Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Le Seuil, Paris coll. La république des idées.

Blondiaux, L. 2008. Démocratie délibérative vs. Démocratie agonistique ? Le statut du conflit dans les théories et les pratiques de participation contemporaine, Raisons politiques, Vol 2 (30), p. 131-147.

Blondiaux L., Fourniau J.-M. 2011. Un bilan des recherches sur la participation du public en démocratie : beaucoup de bruit pour rien ? , Participations, Vol 1 (1), p. 8-35.

Boeuf, G., et al. 2012. L’apport des sciences participatives à la connaissance de la biodiversité en France, La lettre de l’OCIM, 144, pp8-18.

Boltanski, L. et Thévenot, L., 1991. De la justification. Les économies de la grandeur. Gallimard, Paris.

Bourdieu, P. 1997. Méditations pascaliennes, Seuil, Paris.

Bourdieu, P., 2001. Science de la science et réflexivité, Raisons d’agir, Paris..

Buclet, N et Salomon, D. 2012. Les processus participatifs transforment-ils les représentations des élus ruraux sur leur rôle et leur territoire ? Espaces et sociétés, Paris, Erès, pp123-138.

Boy D., 2013. Les représentations sociales du changement climatique. Pollution Atmosphérique, Numéro spécial « Adaptation au changement climatique et maîtrise de la qualité de l’air », p. 190-201.

Callon, M., Lascoumes, P, Barthe, Y. 2001. Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Le Seuil, Paris.

Cefaï D. 2007. Pourquoi se mobilise-t-on ? Les théories de l’action collective, La Découverte, Paris.

Charvolin, F., Frioux, S., Kamou, L., Mélard, F., Roussel, I. 2015. Un air familier – Socio histoire des pollutions atmosphériques, Les  Mines – Paristech.

Chevalier, D., Haoues-Jouve, S., Rouyer, A., 2007. La dialectique de la mobilisation et de l’injonction dans la « petite fabrique » locale du développement urbain durable, Urbia, pp. 29-43.

Chevalier, JM, et Buckles D.J, 2009. SAS2 : Guide sur la recherche collaborative et l’engagement social. ESKA, Paris.

Chevalier, JM, Bourassa, M, Buckles D.J, 2011. Guide de la recherche action, la planification et l’évaluation participatives en éducation, Gatineau, SAS2 Dialogue.

Chevigné, S., 2003. Expertise, risque et implication des profanes : autour de la conférence de citoyens à propos des OGM, in C. Gilbert Risques collectifs et situations de crise. Apports de la recherche en sciences humaines et sociales, L’Harmattan. p. 267-278.

Comby 2015

Dab, W., Salomon, D, 2013. Agir face aux risques sanitaires. PUF, Paris.

Desjardins, X., Leroux, B.,2007. Les schémas de cohérence territoriale : des recettes du développement durable au bricolage territorial, Flux 3/2007, n° 69.

Directive IPCC (Integrate Pollution Prevention and Control) 1996

Dubois, J., 2009. Les politiques publiques territoriales : La gouvernance multi-niveaux face aux défis de l’aménagement, PUR..

Fourniau, J. M. 2007. L’expérience démocratique des “citoyens en tant que riverains” dans les conflits d’aménagement, Revue européenne des sciences sociales, XLV (1), p. 149-179.

Fourniau, J. M.,2011. L’institutionnalisation controversée d’un modèle français de débat public, Télescope, 17 (1), p. 70-93..

Gonzales-Laporte, C.. Recherche-action participative, collaborative, intervention… Quelles explications ? [Rapport de recherche] Labex ITEM. 2014.

Habermas, J. 1997. Théorie de l’agir communicationnel. Trad. fr. 1987, rééd 2001 pour le t.I, Payard pour le t.II. 1987

Habermas J., 1997. Droit et démocratie, entre faits et normes, Gallimard, Paris.

Jodelet, D. 1989., Les Représentations sociales, PUF, Paris.

Jouzel, J. Debroise A. 2014., Le défi climatique. Objectif : 2°C  !, Quai des Sciences, Dunod..

Labranche, S., Charles L. 2002. Étude d’acceptabilité sociale de la ZAPA de l’agglomération grenobloise : synthèse des principaux résultats. Pollution Atmosphérique, numéro spécial, p. 226-230.

Laigle L. 2005. Les inégalités écologiques de la ville. Caractérisation des situations et de l’action publique », Centre scientifique et technique du Bâtiment.

Le Galès,P 1995. Les réseaux d’action publique entre outil-passe partout et théorie de moyenne portée, in Le Galès, P., Thatcher, M. dir, Les réseaux de politique publique. Débat autour des policy networks, L’Harmattan, Paris.

Le Marec, J. 2010. Les études de sciences : pour une réflexivité institutionnelle. L’Harmattan, Paris.

Mabi, C, 2017. Citoyen hackeur. Enjeux politiques des civic tech. La vie des idées.

Massard-Guilbaud, G.2010. Histoire de la pollution industrielle : France, 1789-1914, Paris, Éditions de l’EHESS.

Mayers, T.,2005. (Re) Writing Craft : composition, creative writing and the futur of English, UPP. p.2.

Médina, S., Le Tertre, A., Quenel, P., Le Moullec, Y., Impact de la pollution atmosphérique sur la santé en Île-de-France : résultats 1987-1992. Rapport d’étude, programme ERPURS (Évaluation des risques de la pollution urbaine sur la santé), Observatoire régional de santé d’Île-de-France, Paris, 1994.

Médina, S., Le Tretre, A., Dusseux, E., Boumghar, A., Camard, J. 1998, Analyse des liens à court terme entre la pollution atmosphérique et la santé : résultats 1991-1995. Rapport d’étude, programme ERPURS (Évaluation des risques de la pollution urbaine sur la santé), Observatoire régional de santé d’Île-de-France, Paris.

Mermet, L. et al. 2005. L’analyse de la gestion environnementale : un cadre théorique pour penser l’efficacité en matière d’environnement, Natures Sciences Sociétés, Vol. 13, no. 2, 2005, pp. 127-137.

Monier, E., Duran, P. 1992. Le développement de l’évaluation en France. Nécessités techniques et exigences politiques, Revue française de science politique, pp235-262.

Moscovici S. 1961. La psychanalyse, son image et son public, Revue française de sociologie, pp328-330.

Pécaud, D. 2005. Risques et précautions : l’interminable rationalisation du social., La Dispute.

Péretti-Watel, P., Hammer B., 2006. Les représentations profanes de l’effet de serre, Natures Sciences Sociétés, 14(4), p. 353-364..

Roussel, I.,2008.  Impact de l’environnement sur la santé : le programme d’évaluation conduit à Champlan, commune d’Ile-de-France, Pollution Atmosphérique n° 200, p. 307-310.

Salles, 2006

Scotto d’Apollonia L.,2014. Les controverses climatiques : une analyse socioépistémique, Thèse de doctorat, Université Paul-Valéry Montpellier 3.

Theys, J. 2002. L’approche territoriale du « développement durable », condition d’une prise en compte de sa dimension sociale, Développement durable et territoires [en ligne], Dossier 1, mis en ligne le 23 septembre 2002.URL : http://developpementdurable.revues.org/1475 ; DOI : 10.4000/developpementdurable.1475.

Thevenot, L. 2006. L’action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement. La Découverte, Paris.

Zelem M.-C., Beslay C., 2015. La sociologie de l’énergie. Gouvernance de l’action publique, pratiques sociales et outils du changement, CNRS Editions, Paris.

[1] Un des auteurs de cet article, Lionel Scotto d’Apollonia est intervenu en tant qu’expert en sociologie des questions climatiques pour le compte de la Mairie de Paris, dans la construction de la charte du nouveau plan Climat piloté par l’institut IFOP. Un groupe de 19 personnes sélectionnées suivant les modalités des jurys citoyens était censé être représentatif de l’ensemble des habitants du Grand Paris . Au regard des modalités de construction de la charte, de la nature des interventions, il est possible de s’interroger sérieusement sur la représentativité d’un tel panel citoyen.

[2] Site Internet consultable le 02 mai 2017 sur le lien suivant : http://www.c40.org/networks

[3] Le terme Artivistes est en fait un acronyme (Association de Redynamisation des Territoires par l’InnoVation Sociale des Transitions EnvironnementaleS) mais sans que nous le sachions était déjà balisé dans le monde du spectacle vivant. Une recherche indexée par année sur le moteur de recherche Google.fr démontre que le terme apparait sur la toile avec notamment un mouvement artistique de l’avant-garde berlinoise d’un collectif dénommé « Kotti Shop ». Il est possible de noter que le terme « artivistes » dans la littérature scientifique en 2010 (Bautes, 2010). A partir d’une étude dans le centre historique de Rio de Janeiro à l’aune d’initiatives tournées vers la valorisation de formes patrimoniales caractéristiques des espaces d’occupation illégale que sont les favelas. Ces mouvements relèvent à la fois d’institutions publiques et d’« artivistes », identifiés comme « des acteurs engagés dans l’exploration des nouvelles possibilités offertes par la médiatisation et la valorisation tant économique que politique de l’intervention artistique dans l’espace urbain ».

[4] Nous renvoyons pour plus de détails sur les projets d’accompagnement des politiques publiques environnementales sur les territoires au site : http ://artivistes.neowordpress.fr

[5] L’efficacité du dispositif repose en ce sens sur une volonté de développer une approche autant réflexive que critique visant à objectiver la prépondérance des contraintes normatives, juridiques et techniques permettant d’objectiver autant que faire se peut la subjectivité des logiques d’actions et de leur efficacité. Il apparait hautement nécessaire de s’émanciper des logiques et contraintes communicationnelles afin de questionner en profondeur les freins propres au labyrinthe interne de l’institution, aux agendas politiques et aux contraintes bureaucratiques apparaissant comme autant de facteurs limitants pour la traduction politique des accords (type Accord Paris Climat 2015) ou directives européennes (Directive Cadre sur l’Eau de 2010) etc…..Il est donné en constat que la seule volonté des élus ne suffit pas à décloisonner la problématique pour rendre opérationnel et efficace ce projet national sur leur territoire. Aussi les résultats futurs permettront de dégager des axes de réflexion quant aux réformes territoriales visant à simplifier l’administration des politiques publiques

[6] Il ne s’agit pas d’ouvrir ici les débats en cours sur la place de la critique dans le pragmatisme. Nous renvoyons le lecteur à ce propos vers les travaux issus du groupe de sociologie pragmatique et réflexive dirigé par Francis Chateauraynaud ( http://www.gspr-ehess.com/)

[7] Les détails et outils créés pour l’événement sur le site : http://artivistes.neowordpress.fr/evenement-hors-les-murs-assises-sciences-societes/

[8] Les techniques sont issues du guide de la recherche-action, la planification et l’évaluation participatives : www.sas2.net.

 

  • [9] 50 % universitaires, chercheurs, post doctorants
  • 50 % associations, citoyens, professionnels de l’environnement

 

[10] Projet de Recherche et Développement ACS&ART avec l’ADEME dans le but d’aider à la mise en place des politiques publiques en faveur de la qualité de l’air.